Lecture dans un roman : Malameh de Zainab Hafni

Après un long moment de paresse, je reprends mes commentaires des livres que j’ai récemment lus et dont j’ai envie de parler.

Je m’étais, depuis un moment, promis de commenter tous les livres que je lis; d’abord pour partager mes lectures et les sentiments qui en découlent mais aussi pour garder une trace des impressions que ces livres me font, Car ses impressions quand je ne les met pas en mots peuvent ne jamais faire surface, rester obscurs, flous et des fois même incertains.

Malheureusement, tous les livres ne nous parlent pas de la même manière tous les livres ne nous laissent pas des impressions que l’on aimerait voir s’éclaircir et puis surtout personnellement je ne semble pas arriver à toujours rédiger un commentaire avant de me perdre dans un autre livre, avant de me lancer dans d’autres mondes…

Je commente des livres arabes et je le fais en français, je n’écris pas en arabe, ou alors cela faisait longtemps… mais j’aime toujours lire dans cette langue tellement belle, tellement poétique…, des fois je me dit que je devrais commenter dans la langue du livre que j’ai lus mais ce sont encore des contraintes et j’aime pas me contraindre, surtout pas dans mon blog, surtout pas quand je me fais plaisir… ça se sentirais…

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ملامح

زينب حفني

الناشر: دار الساقي للطباعة والنشر

تاريخ النشر: 01/01/2006

Le livre dont j’aimerais parler est: Malameh de l’auteure saoudienne Zainab Hafni et qui est l’histoire de Thouraya, une saoudienne née dans une famille modeste et qui a toujours aspiré à la richesse. Déjà jeune elle regarde d’un œil mécontent la situation de sa modeste famille vivant dans une quiétude et une ambiance de respect, d’amour et de simplicité mais manquant de tellement de choses dont d’autres profitent allègrement. La vie la mène à la quête de ce dont elle rêve ce dont elle manque, l’union avec un homme qui aspire aux même objets qu’elle, les pousse tous deux vers un mariage contrat, une quête de la richesse où tout se vend, où tout se monnaie, où tout est permis, on assiste alors à l’ascension sociale mais également à la déconfiture de la morale, jusqu’à ne plus savoir la mesure du but à atteindre.

Mais tout cela se fait lentement, les interdits brisent un à un et quand ils ne brisent pas on les casse mais en douceur en cachette, loin des regards d’une société fermée, où tout se fait mais où tout se tait… sexe drogue et rock & roll, plaisir suspects et débauche à l’excès… une quête vers quoi au fond? Car l’argent n’était qu’un palier qui a balayé tant d’autres sur son chemin alors on s’accroche comme on peut on s’accroche à ce qu’on peut…

À vrai dire, en finissant la lecture de ce roman, je ne savais pas quoi en penser, j’ai pris un moment pour y réfléchir et je me suis posé cette question :

Qu’est ce qui fait qu’on aime un roman, qu’on le déteste, ou encore qu’il nous laisse complètement indifférent?

L’histoire et l’étendue de son impact sur nous, la façon dont elle nous parle, les différents sentiments, impressions qui nous traversent en la lisant…. Ou encore la qualité de la langue avec laquelle le roman est écrit, la façon dont l’auteur nous retient à ses côtés, la facilité avec laquelle nous yeux suivent les mots sans vouloir les lâcher…

Les raisons sont diverses, et il est souvent difficile de les connaître ou de les distinguer toutes.

Généralement j’aime les romans qui sortent des sentiers battus, j’aime les livres qui dérangent, j’aime les livres qui me dérangent, qui me font réfléchir, remettre des choses en questions… mais Malameh n’a rien fait de tout ça.

L’auteur a-t-elle cherché à choquer? Sûrement, car la diversité des vices, les mots crus, le contraste avec cette société puritaine à souhait ne pouvait avoir d’autres but. A-t-elle réussi à faire passer un message en choquant? C’est bien là où ma question reste en suspend.

Malgré un style des plus fluides, des personnages diversifiés, une narration originale, une très belle plume, l’auteur n’a pas su et n’a pas pût se détacher de cette ambiance moralisatrice… elle a pourtant essayé, pourtant… pourtant derrière chaque acte on sentait un jugement, caché certes, des fois même bien caché mais néanmoins présent… l’éternel confrontation entre le bien et le mal, la distinction flou finit par devenir limpide, ce mal corrompt l’âme, ce mal ne vaincras pas, ce mal tel la gangrène pourris tout ce que ça touche, ce mal est contre nature… alors vaut-il mieux se conformer? La question reste ouverte mais la réponse n’est pas bien loin, il suffit d’ouvrir les yeux…

Malameh n’a pas su me choquer, il n’a pas su me faire réfléchir, il ne m’a pas dérangé…

Mais il a dû, j’en suis sure, en déranger beaucoup, en choquer pas mal, pour des raisons autres, pour des raison différentes…

Il a dû aussi, j’en suis sure, plaire, pour cet éloge de la morale qu’il englobe en son sein, qu’il porte en vérité à peine camouflée et qui pour ma part m’a plutôt refroidis…

Et il a dû aussi laissé certains bien indifférents… mais n’est ce pas là le destin de toute choss?

Mais ce roman reste un nouveau genre : l’écrit d’une femme qui ose, sous le poids de tous les interdits, parler de sexualité, parler d’homosexualité, parler de la quête du plaisir au féminin, parler d’amour sans romance… et même si, oui même si elle sent encore le besoin de nous guider, de pointer du doigt pour nous au cas où toujours au cas où… même si bien avant nous elle a jugé son personnage et l’a condamné sans nous attendre… même si, même si… moi je dit qu’elle a quand même osé et c’est déjà pas mal ….

Il est des livres que l’on ne choisis pas, on nous les offre ou on nous les prête ce sont les choix d’un autre, les goûts d’un autre, prêtés, empruntés, suggéré et toujours enrichissants, toujours révélateur, ne serait-ce que de quelques questionnements…

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