Un parcours de livres

Mohamed  Kitab me fit cette invitation à laquelle je répond avec grand plaisir, celle de répondre à un certain questionnaire de  Procuste (comme je ne connaissais pas ce mot je suis allé voir sur Wikipedia et ce qui j’y ai trouvé est fort intéressant et fort diverstissant aussi…)

Je me livre donc à travers ce questionnaire car ne dit-on pas: dit moi ce tu lis et je te dirais qui tu es ?
Questionnaire de Procuste

Les 4 livres de mon enfance

  • Al Moughamiroun al Khams (le club des cinqs version arabe), même si c’est une collection je ne pouvais ne pas les mettre vu qu’ils ont coloré mon enfance
  • Les quatres filles du docteur March de Louisa May Alcott
  • Al Ayam (le livre des jours) de Taha Houssein
  • La fleur cachée de Pearl Back

Les 4 écrivains que je lirai et relirai encore :

  • Kundera
  • Dostoïevski
  • Roman Gary
  • Jane Austin

Les 4 auteurs que je ne lirai probablement plus jamais

  • Tahar Ben Jelloun
  • Paolo Coello
  • Alain Finkielkraut
  • Boris Vian

Les 4 premiers livres de ma liste à lire :

  • Dakiratou Jassad (Mémoire de la chair) d’Ahlam Mostaghanemi
  • Harry Potter and the Deathly Hallows de JK Rowling
  • Grâce à Jean De La Fontaine ! De Mohamed Nedali
  • Les Bienveillantes de Jonathan Littell

Les 4 livres que je suis en train de lire

(En ce moment j’en savoure lentement juste un)

  • Le livre noir d’Orhan Pamuk

Les 4 livres que j’emporterais sur une île déserte

  • La 25e heure de Virgil Gheorghiu
  • Le Premier Cercle d’Alexandre Soljenitsyne
  • Le prophète de Khalil Gibran
  • Moudoun el Milh (les villes de sel) de Abderrahman Mounif

Les premiers mots d’un de mes livres préférés

La dame pouvait avoir soixante, soixante cinq ans. Je la regardais de ma chaise longue, allongé face à la piscine d’un club de gymnastique, au dernier étage d’un immeuble moderne où, par d’immenses baies vitrées, on voit Paris tout entier. J’attendais le professeur Avenarius, avec qui j’ai rendez-vous ici de temps en temps pour discuter de choses et d’autres. Mais le professeur Avenarius n’arrivait pas et je regardais la dame; seule dans la piscine, immergée jusqu’à la taille, elle fixait le jeune maître nageur en survêtement qui, debout au-dessus d’elle, lui donnait une leçon de natation. Écoutant ses ordres, elle prit appui sur le rebord de la piscine pour inspirer et expirer à fond. Elle le fit avec sérieux, avec zèle, et c’était comme si de la profondeur des eaux montait la voix d’une vielle locomotive à vapeur (cette voix idyllique aujourd’hui oubliée dont je ne peux donner une idée à ceux qui ne l’ont pas connue que si je la compare au souffle d’une dame âgée qui inspire et expire au bord d’une piscine). Je la regardais, fasciné. Son comique poignant me captivait (ce comique, le maître nageur le percevait aussi, car les commissures de ses lèvres me semblaient frémir à tout moment), mais quelqu’un m’adressa la parole et détourna mon attention.

Peu après je voulus me remettre à l’observer, la leçon était finie. Elle s’en allait en maillot le long de la piscine et quand elle eut dépassé le maître nageur de quatre à cinq mètres, elle tourna la tête vers lui, sourit, et fit un signe de la main. Mon cœur se serra. Ce sourire, ce geste, étaient d’une femme de vingt ans! Sa main s’était envolée avec une ravissante légèreté. Comme si, par jeu, elle avait lancé à son amant un ballon multicolore. Ce sourire et ce geste étaient plein de charme, tandis que le visage et le corps n’en avaient plus. C’était le charme d’un geste noyé dans le non-charme du corps. Mais la femme, même si elle devait savoir qu’elle n’était plus belle, l’oublia en cet instant. Par une certaine partie de nous-mêmes, nous vivons tous au-delà du temps.

Peut-être ne prenons-nous conscience de notre âge qu’à certains moments exceptionnels, étant la plupart du temps des sans-âge. En tout cas, au moment où elle se retourna, sourit et fit un geste de la main au maître nageur (qui ne fut plus capable de se contenir et pouffa), de son âge elle ne savait rien. Grâce à ce geste, en l’espace d’une seconde, une essence de son charme, qui ne dépendait pas du temps, se dévoila et m’éblouit, J’étais étrangement ému.

L’immortalité – Milan Kundera

Les derniers mots d’un de mes livres préférés

Ilia Khorobrov, avec son léger accent de la Volga, parlait du fond du noir grouillant.

– Les gars, je ne regrette pas du tout de partir. C’est pas une vie, à la charachka*! A chaque couloir, on peut marcher sur du Siromakha. Il y a un mouchard sur cinq, on ne peut pas faire un pet aux chiottes sans que le Parrain soit au courant. Voilà deux ans qu’ils nous privent de dimanche, les salauds. Douze heures de travail par jour! Il faut leur vendre nos méninges pour vingt petits grammes de beurre. Ils ont suspendu la correspondance avec les familles, les empoirés foireux! Et il faudrait travailler à ce prix? Mais c’est un enfer!

Khorobrov se tut, saturé d’indignation.

Dans le silence revenu, comme le moteur ronflait régulièrement sur l’asphalte, la réponse de Nerjine se fit entendre :

– Non, Ilia Térentitch, ce n’est pas l’enfer. Ce n’est pas l’enfer! L’enfer, c’est là où nous allons. C’est dans l’enfer que nous retournons. La Charachka, c’est le cercle le plus haut, le premier, c’est le plus beau des cercles infernaux. C’est presque un paradis.

Il ne poursuivit pas, sentant que c’était inutile. Tous savaient que ce qui les attendait était incomparablement pire que toute charachka. Ils savaient qu’au fond du camp, la charachka leur reviendrait comme un rêve doré. Maintenant, pour se donner du cœur et se conforter dans son bon droit, il importait de dire du mal de la charachka, afin que personne n’eût de regret ni ne se reprochât un pas téméraire.

Guérassimovitch s’avisa d’un argument inexploité par Khorobrov :

– Quand la guerre éclatera, on liquidera les zeks de la charachka, qui en savent trop, en les empoisonnant avec du pain, comme l’ont fait les hitlériens.

– C’est bien ce que je dis, riposta Khorobrov: mieux vaut le pain et l’eau que le malheur et du gâteau!

Les zeks se turent et tendirent l’oreille à la marche du véhicule.

Oui, ils avaient devant eux la taïga et la toundra, Oï Miakon, pôle du froid, et les mines de cuivre de Djezkazgan. Et encore binette, la brouette, une ration de misère de pain mal cuit, l’hôpital, la mort. Le pire, rien que le pire.

Mais leurs âmes étaient en paix avec elles-mêmes.

Ils possédaient l’intrépide fermeté de ceux qui ont tout perdu, jusqu’au bout, courage qu’il est dur d’acquérir mais qui tient bon.

En brimbalant dans son ventre sa charge de corps entassés, le joyeux camion orange et bleu parcourait maintenant les rues de la ville, venait de dépasser une gare, de s’arrêter à un carrefour. Le même carrefour immobilisa de son feu rouge la voiture bordeaux du correspondant de Libération qui se rendait à un match de hockey au stade Dynamo. Le journaliste lut sur le fourgon :

Mrco

Viande

Fleisch

Meat

Sa mémoire avait enregistré le passage de plus d’un véhicule de ce type en divers endroits de Moscou. Il prit un calepin et nota de son stylo bordeaux :

«Dans les rues de Moscou, on rencontre à tout instant des fourgons d’approvisionnement fort coquets, d’une irréprochable hygiène. Il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas constater que l’approvisionnement de la capital est parfait.»

Le Premier Cercle – Alexandre Soljenitsyne

* Charachka : Nom informel de laboratoires secrets soviétiques, appartenant au système du goulag et où un millier de scientifiques, d’ingénieurs et de techniciens étaient détenus et devaient travailler

Les 4 lecteurs dont j’aimerais connaître les 4 :

PS : J’aurais aimé lancer l’invitation à plus de personne mais j’en choisi 4 pour cette fois comme le précise le questionnaire et je réserve les autres pour des questionnaires à venir.

Cela n’empêche pas ceux qui veulent bien réponde à tout ou une partie de ce questionnaire de le faire dans les commentaires…

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