Lecture dans un roman

ذاكرة الجسد

أحلام مستغانمي

(Traduit en français sous le titre: Mémoire de la Chair – Ahlam Mosteghanemi)

Afin qu’un livre me donne envie de le lire, j’ai besoin qu’il me séduise, que quelque chose, même d’infime en lui capte mon attention, attire mon regard, me donne envie de le visiter… Il arrive souvent qu’avant d’acheter un livre, avant d’avoir envie de le découvrir, un simple mot dans les premières lignes m’y décide, une simple image qui s’en créé dans ma tête, m’attire vers lui…

Il arrive aussi que certains livres finissent par venir à moi parce que tant de gens m’ont en tellement parlé que je ne pouvais passer à côté…

Le livre d’Ahlam Mosteghanemi fut un de ceux là, son nom me croisa plus d’une fois, toujours drapé de tant d’éloges, avec cette auréole que certains livres adulés finissent par arborer.

J’avoue qu’il resta sur une étagère plus d’un an, j’avoue qu’à chaque fois que je voulus le lire, un autre que lui fut plus rapide à me séduire, et j’avoue qu’enfin quand je me décidais, nos début ne furent pas des plus prometteurs…

Les premières pages de Dakirat Al Jassad m’offrirent le récit d’un narrateur amoureux, un narrateur qui revient sur une histoire qu’il porte gravée dans son être, une histoire faite de cet amour dévastateur que l’ont décrit avec passion en usant de toutes les images dont la langue permet de vêtir ses sentiments. Cet amour avait l’air grand.

En termes d’amour littéraire je préfère celui dont le feu brule sans qu’on en voie les flammes et dont même la fumée reste discrète à nos yeux alors que seule son odeur nous suffoque. J’aime les amours qui se devinent avant de se montrer, qui se ressentent sans trop être décrits, qui n’ont pas besoin de beaucoup de mots pour étinceler de tous leurs feux. Dakirat Al Jassad commençait à trop en dire à mon goût et je sentais une certaine lassitude me gagner.

Et puis soudain tout changea d’un coup, je ne saurais dire à quel moment je me suis sentie happée par les mots qui défilent, mais ce fut comme si une trappe se serait ouverte sous mes pieds et qu’elle m’entrainait vers ses profondeurs en annulant d’un coup d’encre à la fois ma volonté et ma conscience du temps qui défilait. Était-ce le moment où le décor changea et que les maquis de la guerre d’Algérie prirent place? Était-ce cette figure de Si Taher qui fit son apparition et qui m’accrocha à une intrigue que je n’arrivais à lâcher? Je ne saurais dire, mais je découvrais à mon grand plaisir que cet amour que je recherchais avec avidité était bel et bien tapis, caché derrière un autre qui se déclarait.

Dakirat Al Jassad est l’histoire d’un amour ou encore l’histoire de deux amours qui s’imbriquent l’un dans l’autre, qui se nourrissent l’un de l’autre et dont les frontières s’entremêlent et s’annulent pour ensuite se distinguer et se confondre dans une danse langoureuse aux notes sensuellement nostalgiques. Au fil de la lecture une femme tantôt désirée tantôt mère ou fille espérée, prend les traits de tout un pays. Au fil des mots un pays adulé ressemble à s’y méprendre à une femme séduisante et inaccessible ou cruelle et apaisante; Le tout dans un jeu de miroirs dont les reflets se véhiculent sous un spectre de sentiments rivalisant en force, profondeur et contradiction.

On finis par découvrir que Dakirat Al Jassad est surtout l’historie d’un algérien et de son Algérie, d’un Homme et de sa patrie. Une histoire d’amour qui peut se conjuguez à l’infini envers celle que le narrateur porte quasi obsessivement tout au long sa vie. l’amante à laquelle il ajoute des couleurs pour l’embellir, la renouveler afin de mieux l’adorer, celle qu’il suit volontairement dans les hauteurs et les gouffres des montagnes russes des sentiments, celle qui feras naître ses rêves pour mieux les tuer, qui demandera sa vie sans rien promettre en échange, qui comme avec tant d’autres comme lui, ouvrira ses bras à d’autres qu’à lui, lui qui pourtant la porte taillée à même sa chaire nue.

Une histoire qui au final dépasse les frontières de son individualité pour devenir propore à tout un peuple, à toute une nation à tant de rêves brisés au fil des ans.

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