Mon orgueil, mes préjugés

Orgueil et préjugés – Jane Austin (1775 – 1817)

Il m’arrive quelque fois de bouder mes livres, comme il m’arrive de bouder tant de choses, le temps d’un instant, le temps d’une respiration, le temps d’autres horizons…, mais mes livres sont ceux vers lesquels je reviens toujours, immanquablement, quelque soit la durée de mon éloignement, quelques soient les horizons attrayants, quelque soit mes lassitudes, quelques soient les nouveaux émerveillements, leur place en moi demeure béante, les réclamant car ne sont-ils pas eux même changeants.

Il m’arrive de revenir facilement, de les reprendre rapidement, avide de tourner leur pages, d’amadouer leurs lettres, d’absorber leurs mots, de m’identifier à leurs personnages, de m’approprier leurs univers, de disséquer leurs messages, de m’évader, de m’envoler, de voyager, autant en eux qu’en moi à travers eux…

Mais il arrive aussi que le retour soit un peu lent, que le bras paresseux, les yeux fainéants, la tête nonchalante, repoussent les retrouvailles qui en deviennent froids et lassants. Alors dans de tels moments, je tends le bras et je le reprends car je sais que lui sauras nous réconcilier, lui saura m’amadouer, lui me redonneras envie…

Il est des livres qu’on aime pour tellement de raisons qu’on ne peut les nommer toutes, il est des livres qu’on peut lire plusieurs fois sans jamais s’en lasser, il est un livre que je peux ouvrir à n’importe quel page, à n’importe quel moment, commencer ma lecture et me retrouver dans son univers fascinant, découvrir d’autre murmures, me poser d’autres questions, sourire ou m’attendrir, rêvasser et m’endormir des étoiles au fond des yeux.

“Orgueil et préjugés” est depuis bien longtemps ce livre là, celui que j’ai lus et relus, en entier ou par passages, celui que je reprend sans efforts, qui m’ouvre ses portes sans protocole, qui me nourris inlassablement et qui de temps en temps me surprend d’une saveur nouvelle que je n’avais su goûter auparavant.

l’Histoire charmante de l’amour naissant entre Elisabeth Benett et Fitzwilliam Darcy, une bien jolie histoire écrite il y’a près de deux siècles déjà dans cette Angleterre victorienne friande de protocole, de bals dansants, et de discours assommants. Mais entre les bals et leurs costumes, entre les échanges intelligents, entre broderie et taffetas, entre les gentelmen charmants et les demoiselles en quête d’une situation, un monde d’une autre époque, une époque révolue, une époque lointaine, étrange… mais si proche pourtant… Une histoire qui as traversé les siècles pour encore nous parler de nous, nous qui avons tellement changé sans pourtant être différents.

D’où nait notre orgueil? d’où viennent nos préjugés? Car ce sont là les vrais héros de l’histoire…

De l’orgueil, le notre, celui qui nous entoure, celui qui fait naître en nous des préjugés, celui qui naît de nos préjugés, celui qui nous fait subir d’autres préjugés, celui qui nous empêche de nous voir, de voir le monde autour de nous, de voir les gens à nos côté, tels qu’ils sont, tels que nous sommes, celui qui nous empêche d’entendre d’autres voix que la sienne, celui qui nous fait passer à côté de beaucoup de choses sans les voir sans souvent pouvoir nous rattrapper, celui qui vient de nos forces, celui qui nait parfois de ce que nous avons de plus beau en nous, et qui peut finir par l’enlaidir…

Des préjugés, ses amis fidèles qui l’accompagnent, que nous jettons à bout de bras poussés par notre aveuglement, qu’ils soient petits ou grands, qu’ils soient favorables ou abaissants, ils ne naissent que de nos perceptions, de ces schémas que notre vécu à construit, que très souvent notre orgueil nourit et qu’il est parfois difficil pour nous de remettre en question.

Orgueil et préjugés n’est que l’histoire d’un voyage, le voyage d’un homme et d’une femme qui ont appris l’humilité, l’humilité de remettre en cause leurs préjugés et de faire face à leur orgueil tel qu’il est.

Orgueil et préjugés est aussi le livre qui, par moments, me tire les oreilles en me disant, remet toi donc en question …

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