Un destin de mot

Les mots sont des créatures bien étranges, elles ont des vies bien singulières. Certains d’entre eux sont plus populaires que d’autres, certains passent leurs vies à dormir tandis que d’autres passent d’une bouche à l’autre plus souvent qu’ils ne peuvent le dire. Chacun d’eux porte en lui un sens, un ou deux, parfois plusieurs à la fois et ils semblent les porter sans rechigner.

Quelques mots peuvent être à part car il arrive durant leur vie qu’on leur fasse porter un sens qui semble contredire celui pour lequel ils sont nés. On dit alors d’eux qu’ils sont vivant et que c’est cette vie qui les fait évoluer autant, on dit d’eux qu’ils reflètent leur temps, leur société, leur contexte… parfois je me demande s’ils ne préfèrent ne refléter qu’eux même, s’il ne préfèrent ne porter que leur sens premier, parfois je me dit que s’ils avaient des mots pour le dire, ils crieraient que assez c’est assez, qu’un mot a tout de même le droit de rester ce mot. Mais tout mot a un destin, et qui en ce bas monde contrôle le sien?

Tenez par exemple un mot en Darija tel que ”Hbiba”: Un mot à l’origine bien doux et bien aimant, il porte en lui tant de ”hob” et ne fait que s’approprier l’aimée ou la chérie. Par quel miracle s’est-il retrouvé adressant du masculin lui qui porte fièrement sa féminité avec ce ”a” bien attaché à son extrémité? Oui tenez-vous bien: ne soyez nullement étonné d’en entendre plus d’une roucouler un ”Hbiba” à son aimé, et ne vous indignez pas de voir l’aimé répondre pantois à la déclaration si convoitée, car vous l’aurez compris ce n’est nullement à lui que sa virilité à été refusée mais c’est bien de la certitude de sa féminité que ”Hbiba” s’est vu dépouillé.

Et si seulement la cruauté de son destin s’arrêtait à cette confusion des genres dont ”Hbiba” se voit affliger, car ce pauvre mot en en supporte bien d’autres mesquineries. Lui si tendre et si mignon s’est vus aimé et apprécié de tous, certains le trouvaient attachant, d’autres trouvent sa musicalité berçante, quelques uns pensent qu’il finis bien les phrase, tandis qu’un certain nombre trouvent qu’il en ponctue à merveille pas mal d’autres. Et voilà qu’on le vois partout, des Hbiba par ci et des Hbiba par là, des Hbiba à toutes les sauces, des Hbiba pour adoucir, des Hbiba pour enfoncer, des Hbiba pour finir, des Hbiba pour commencer, d’autres juste pour reprendre son soufle et se relancer…

Et comme vous l’aurez tous deviné, trop d’amour tue l’amour, en tout cas dans notre histoire une bonne partie de celui que ”Hbiba” portait en lui. Alors ”Hbiba” se met à sonner faux, comme si on lui avait collé une note dissonante bien malgré lui, on commence à y entendre mesquinneries, flatteries, hypocrisie… Et ”Hbiba” se met à sonner creu, on commence à sentir son vide qui s’élargie, et plus il est présent plus son sens se fait abscent…

Alors certains se méfient, d’autres le prennent en grippe, d’autres se moquent sous cape et au final ”Hbiba” n’est plus ce qu’il était car même lui ne se reconnait plus…

NB: Hbiba est l’équivalent en marocain de Chérie et vient du mot Hob qui veut dire amour.

NB2: Ce post est en réponse à la première suggestion faite suite à ma demande aux lecteurs de ce blog de m’inspirer des sujets pour bloguer, alors ne m’en voulez pas trop…

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