Le portrait de Dorian Gray – Extrait

Je commence à peine ce roman que j’avais envie de lire depuis très longtemps et déjà j’ai des envies de partage… je pourrais le citer en entier tellement on y trouve des trésors à méditer, à décortiquer, à discuter, à réfuter, à remodeler, à intérioriser, à moquer…

Extrait:

– Il n’y a pas de bonne influence, M. Gray. Toute influence est immorale – immorale d’un point de vue scientifique.

– Pourquoi donc?

– Parce que influencer une personne, c’est lui donner son âme. Elle ne pense plus ses propres pensées, elle ne brûle plus de ses propres passions. Ses vertus n’ont plus d’existence propre. Ses péchés, pour autant que le péché existe, sont empruntés. Elle devient l’écho de la musique d’un autre, elle joue un rôle qui n’a pas été écrit pour elle. Le but de la vie, c’est l’épanouissement de soi. Réaliser notre propre nature à la perfection, voilà notre raison de vivre en ce bas monde. Les gens aujourd’hui, ont peur d’eux même. Ils ont oublié le plus important des devoirs, celui qu’on a envers soi-même. Certes ils sont charitables. Ils nourrissent les affamés, et vêtent les mendiants. Mais leur âme meurt de faim, elle est nue. Notre race a perdu tout courage. Peut-être n’en avons-nous jamais eu. Cette terreur devant la société qui forme la base de la morale, cette terreur devant Dieu qui est le secret de la religion, voilà les deux principes qui nous gouvernent. Et pourtant…

«Et pourtant», poursuivit Lord Henry de sa voix grave et mélodieuse…, «je crois que si un homme vivait pleinement et complètement sa vie, donnait une forme à tous ses sentiments, une expression à toutes ses pensées, une réalité à tous ses rêves – je crois vraiment que le monde retrouverait une telle capacité d’allégresse que nous oublierions toutes les insanités du médiévalisme, et reviendrions à l’idéal hellénique, peut être même à quelque chose de plus beau, de plus riche, que l’idéal hellénique. Mais les plus courageux d’entre nous ont peur d’eux-mêmes. La mutilation que s’imposent les sauvages survit tragiquement dans l’esprit de renoncement qui défigure notre vie. Nous sommes punis de nos refus. Tout élan que nous nous efforçons d’étouffer pèse sur notre esprit, et nous empoisonne. Que le corps pèche une fois, et c’en ai fini de son péché, car l’action est une forme de purification. Il n’en reste rien ensuite, si ce n’est le souvenir d’un plaisir, ou le luxe du regret. La seule façon de se débarrasser d’une tentation, c’est d’y céder.

L’ambiance du livre me fascine, cette ambiguïté avec laquelle Wilde joue, tous ces non dits, tous ces discours mi-ange mi-démons m’emportent dans un monde à part et j’en suis juste au commencement de l’histoire … je sens que j’aime et que je vais encore beaucoup aimé ce voyage.

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