Cette éponge jetée

Parfois quelques mots peuvent vous ramener loin en arrière, vous faire revivre des moments passés, vous faire réfléchir sur des choses auxquels vous ne faites plus attention, parce que désormais faisant partis de ce qui demeure naturel, normal.

C’est en lisant le court billet de Larbi que je suis revenue quelques années en arrière, c’est en lisant ces mots sur l’envie de jeter l’éponge que je suis revenue au temps où je l’ai jeté cette éponge, jetant avec elle une partie de moi, cette partie que je ne sais si un jour je saurais retrouver ni même dans quel état je la trouverais si jamais c’était le cas.

Il fut un temps où j’étais curieuse de la chose politique, il fut un temps où comprendre, analyser, débattre et me passionner pour elle était une douce contrée. Qu’il fut beau de confronter ses idées, qu’il fut bon de les sentir se former, prendre vie, s’épanouir, se mesurer à d’autres, perdre des fois, gagner d’autres, apprendre toujours apprendre, assouvir cette soif que rien ne peut étancher, en redemander encore et encore…

Mais il y a des choses que l’on ne contrôle pas, il y a des choses que l’on ne refait pas… une once de rêve, une dose d’idéalisme, un soupçon de naïveté de trop et l’éponge se tendait vers son rejet.

Et ce fut la guerre, celle qu’on appela du Golf, celle à qui on donna le chiffre deux, celle qui resta lointaine jusqu’à la dernière minute, jusqu’au premier missile, jusqu’aux premières images, jusqu’aux premières victimes.
J’y avais crus jusqu’au bout, cette guerre ne pouvait avoir lieu, j’ai grossi les rangs de toutes les manifs, j’ai joint ma voix à toutes celles qui voulait bien crier, j’ai joint mes mains à toutes celles qui se tendaient, j’ai crus en la logique des choses, j’ai crus en des mots beaux qui avaient du sens, j’ai rejeté des logiques cruelles et mercantiles qui ne pouvaient berner aucune conscience, j’ai assoupie ma raison, ou était-ce qu’elle s’est juste joint à tous mes autres sens, et mon être en entier refusait d’y croire.

Mais la guerre fut, les missiles tombaient, les images m’arrivaient, et le choc m’atteignit comme un obus en plein cœur, ce fut la goutte ultime qui en déversa bien d’autres en flots… j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps devant les JT de toutes les chaînes qui voulaient bien m’en donner, je suis rentré dans une boulimie d’images qui n’arrivait à me rassasier et je sentais en mon cœur cette cassure que rien ne pouvait colmater.

Et l’instant arriva où je ne pouvais plus rien prendre, l’instant arriva où c’était trop dur à supporter, l’instant arriva où mon instinct de survie rejaillis et coupa court à cette frénésie dans ma tête, il me contraint donc à tout éteindre, tout arrêter, je ne voulais, ne pouvais en voir plus, en analyser plus, en imaginer plus. J’ai tendu le bras, jeté l’éponge, tendu le cou, mis la tête sous le sable, tentant désespérément de reprendre mon souffle, de reprendre mes esprit, de me reprendre moi.

J’ai depuis rejaillis, car on finit tous par le faire, mais l’éponge gisait par terre en face de moi, inerte comme ces passions qui m’animaient, morte comme ces convictions qui me traversaient, détruite comme cette confiance qui me motivait, mais c’était le fait de mes mains, j’ai été trop naïves, trop idéaliste, trop émotionnelle trop beaucoup de choses et pas assez beaucoup d’autres … Triste diriez vous, moi j’ai honte de le dire face à la tristesse de toutes ces vies dont les échos m’arrivent, lâche peut être, ou est-ce juste la vie qui continue?

Alors à ceux qui y pensent je dirais, gardez la cette éponge, pressez la, servez vous en pour essuyiez les sueurs qui perlerons votre front à chaque affront, mais ne la jetez pas, elle est bien plus précieuse qu’elle n’en a l’air.




16 Responses to “Cette éponge jetée”

  1. 1 mohamed

    L’important, c’est d’écouter les autres…et puis de s’écouter soi-même. On devrait tous écrire dans cet état d’esprit. Certains y parviennent mieux que d’autres. C’est ton cas.

  2. 2 Kenza

    @Mohamed: tu as toujours le don de trouver des mots qu’on a envie d’entendre… merci de ce compliment qui me touche beaucoup :)

  3. 3 Kennza

    Il y a beaucoup de sagesse dans ces mots Kenza… Une sagesse acquise durement, mais combien précieuse.

  4. 4 bekouchi karim

    Je t’aime à Z3itra. Mais marre du premier jet

  5. 5 Kenza

    @Kennza: ça me fait plaisir que ça te plaise

    @Karim: moi je t’aime moyen mais j’adore les premiers jets :P en passant ma kayne chi z3itir heta kenti nta :P

  6. 6 inspiration

    Mon premier commentaire sur ce blog :)
    J’evite de parler politique depuis un bon bout de temps, car je n’y comprends plus rien; je suis trop fatiguee et peut etre meme depassee. Tout comme toi et bien d’autres, ma bouche ne se fermait jamais surtout quand la chose concernait le Maroc, meme quand un etre cher a moi etait bouscule dans la foule… Je l’ai vu perdre sa raison, je l’ai vu partir, mais je ne l’ai pas vu mourir. Ca me fait de la peine, mais je ne veux plus y penser… Je me suis rendue compte que les “followers” de doctrines, les “peace and love for everybody” sont les premieres victimes des fondateurs de ces idees et des politiciens qui jouent avec leur cartes et les font changer selon les interets et les manigances. Mais peut on fuir la politique? Si on la fuit, elle ne nous laisse pas tranquilles meme quand on fait tout pour se mettre a l’abri; les joueurs de cartes sont devenus plus pro, et tout un chacun peut se retrouver au milieu du jeu meme quand il ne veut pas!
    Meme en s’eloignant, encore une fois, je me retrouve sous le choc et je vois la politique et les politiciens affecter ma vie pour la nieme fois, et de plein fouet cette fois-ci… Un choc dur et je n’arrive toujours pas a m’en remmettre.

    Ceci dit, je ne suis pas sur cette eponge servirait a quoi que ce soit, quand on est faible, quand notre voix n’est pas entendue, quand on se foue pas mal de ce que nous pensons, ce que nous voulons, ou ce que nous disons…

    Voila merci:)

  7. 7 une marocaine

    De prime abord, je n’ai pas accès au blog de larbi donc une partie de ton billet m’échappe!!!!

    Pour la politique on a tous nos moments où on se dit que tout cela ne sert à rien.

    Actuellement, il y a trop de bruit autour de la conférence d’Annapolis. La paix en moyen orient et tout le reste. Mais je n’y crois pas dut tout. Pas parce que je suis pessimiste mais tout simplement parce que ce n’est pas bati sur des bases solides.

    Quant à toi cher Keniza tu continues de parler de parler politique même si peut être et je peux me tromper tu crois l’inverse. La preuve ton dernier billet sur le Tazer :)

    Continue la miss :)

    PS : désolée l’autre jour au tél il fallait que je croche. On avait besoin d’appeler d’urgence. A une prochaine fois lalla. C’est tjrs un plaisir de discuter avec toi :)

  8. 8 Kenza

    @Inspiration: merci de ce commentaire tellement sincère et touchant
    Je pense comprendre parfaitement ce que tu décrit et je dirait que la politique on ne peut pas en échapper, elle module notre vie, son impact est partout

    ne pas en être passionné ne veut aucunement dire être aveugle ou inconscient on continue quand même à comprendre le monde autour de nous, à avoir une opinion mais on est plus lucide, plus amer aussi et plus détaché…

    ceci dit pour moi l’éponge n’est pas à jeter par tous le monde, un monde sans rêveurs serait tellement triste et n’avancerais jamais, même de ces petits pas un peu en avant un peu en arrière… il serait un monde de cyniques encore plus noir et plus triste

    personnellement j’adore les rêveurs :D

    PS: j’espère que ça ne seras pas le dernier commentaire sur cet espaces :)

    @Marocaine: il y a parler et parler, on disant que j’ai jeté l’éponge j’ai pas dit que j’ai jeté mon cerveau avec :)))))
    mais je ne suis plus une passionné, quand je lis une discussion sur un blog, je passe en revue ce qui se dit, je l’analyse mais je ne sens en moi aucune envie de donner mon avis… oh oui je peux encore m’enflamer mais pour une chose et une seule, ce qui touche à la vie et à la dignité humaine… le reste je passe généralement mon chemin

  9. 9 agharass

    voila , je vais pas parler de BOB l’éponge et comme c’est déja dis dans une autre vie je la ferme!!

    dans les mots, dans les lettres, entres les lignes, entres les idées j’ai trouvé kenza aussi engagé quepeut laisser paraitre un Che guevara, j’ime bien quand tu t’absente et tu nous apporte une grande partie de toi, de tes idées , de tes souvenirs et de tes intelegenes.
    j’aimes bien quand tu te laisses faire par des mots, quand tu imagine et tu t’nspire du passé une certaine ou bcps d’idées qui te passent par la tete!!!
    j’ai toujours aimé la poesié de tes écrits et je suis pas en train de faire le leche botes :) par ce que on se connait royaement bien.
    tu te rappelle quand je t’ai dis : pourquoi tu essaye pas d’écrire un livre,
    tu m’avais répondu : j’ai pas le talen necessaire!!
    j’ai repliqué : le talent on peut le forcer!
    tu m’avais dit que tu aimait rester lectrire.
    ok, je comprend et aussi il faut savoir que lire un livre me serait un pénible plaisire!!!

    je t’imagine dans ls manifistations ave des baskets:)
    kenza qui dit NON, Kenza qui pense

    ier j’ai vu le film “La vie de Davis Gale” ou comment deux activistes contre la peine de mort se sont donner la mart pour montrer que la justice n’est pas parfaite et que des innocents peuvent etres pendue
    un film qui m’a fait reflichir sur le nivea du sacrifice chez un humain, sacrifier sa vie pour sauver celles des aures.

  10. 10 Mohamed (EKM)

    J’ai lu et relu ton post Kenza.

    Jeter l’éponge n’est pas la solution idéale. Parfois, une “pause” est nécessaire pour recharger les batteries et continuer son chemin.

  11. 11 Kenza

    @Agharass: J’ai toujours eu du mal avec les compliments, mais ma foi on apprend toujours… merci de tes mots
    ceci dit l’image que les gens se font de moi m’étonne toujours, parce que je la trouve toujours tellement pas moi tout en etant un peu moi (enfin c’est embrouillant :))))

    @Mohamed EKM: en fin de compte, chacun son chemin :)

  12. 12 Mohamed (EKM)

    Certes, mais souvent les chemins se croisent !!!! Bon weekend

  13. 13 Kenza

    @EKM: ce que j’ai voulus dire c’est que le chemin ne s’arrête pas, il continue, prend peut etre de nouveaux tournants, change de visage et de couleur et que chacun a le sien… qui lui ressemble et qui porte les marquent de ses experiences… aussi de ses rencontres :)
    bon WE a toi aussi

  14. 14 une marocaine

    “Mille soleils splendides” Excellent choix de lecture lalla :)

  15. 15 sami

    Ce post mon rappelle, le sens profond de Jihad

    Apparemment le plus, le vrai, grand Jihad est par rapport/contre soi même, d’autres (dont sarko !!!, khodo l3ebra mine afwahe assoufha2) disent, mon plus grand ennemi est moi même,
    La grandeur des grands(es) se sent dans l’acharnement dans l’effort, l’application, et le sentiment de n’avoir toujours pas fait le nécessaire, cette continuelle exigence par rapport à ses principes, continuel effort par rapport à soit même …. qui fait que mêmes les erreurs et echecs deviennent des enseignements

    Tout à fait “elle est bien plus précieuse qu’elle n’en a l’air”

  16. 16 Kenza

    @Sami: je n’ai malheureusement pas saisie tout le sens de ton commentaire, je suis tout au moins contente qu’il t’ai fait penser au sens profond de Jihad en terme de continuel effort vers une amélioration de soi

    Je ne perçois pas mon destinteressement de la chose politique comme un échec mais comme une nouvelle étape de ce que je suis et de ce vers quoi je vais… la perte de cet interet est certe là mais les gains d’autres perspectives et d’autres intérêts est tout aussi interessants pour moi….

    j’ai jeté l’éponge de la politique, je n’aimerais pas en voir d’autres le faire, mais elle ne m’interesse plus… je suis sous d’autres cieux et ils me captivent comme elle m’a captivé un jour et j’y découvre d’autres parcelles de ce que je suis ou de ce vers quoi je tend…

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