J’ai lus dans un magazine cette entrevue avec le neuropsychiatre Boris Cyrulnik qui m’a vraiment intriguée. Il s’agit tout simplement de comment fonctionne le bonheur.
Cyrulnik nous dit donc que le bonheur ou le malheur sont liés à la production dans l’organisme d’un neuromédiateur nommée sérotonine, qui est un antidépresseur, un déclencheur de cette sensation de bien être qui nous envahit quand nous sommes heureux. L’affaire est donc aussi physique que psychique … tiens tiens.
Et comme cela est physique donc nous ne sommes pas pareils devant ce phénomène. Cyrulnik nous explique qu’il existe des gens qui sont de grands transporteurs et d’autres qui sont de petits transporteurs de cette fameuse sérotonine, alors est-ce héréditaire? Pas à 100%, cela se développe dans cette grande nébuleuse qu’est la plasticité cérébrale.
La sécrétion de la sérotonine dépend donc de la façon dont est construit notre cerveau et cette construction dépend de plusieurs étapes de notre vie.
Déjà fœtus les états émotionnels de la maman façonnent nos synapses, bébé nous synaptisons plus qu’à n’importe quel moment, et cette synaptisation est fonction de nos interactions avec ce petit monde qui devient le notre : c’est l’amour de la mère, le toucher, la douceur, les paroles, les attentions qui vont non seulement créer notre premier style relationnel mais qui vont aider à ce que notre cerveau soit bien constitué. Mais si les choses étaient aussi simple l’être humain ne serait pas cette grande merveille que nous connaissons, car il y a plus : si un enfant mal aimé n’a pas les capacités physiques au bonheur, qu’il s’effondre au moindre obstacle, celui qui est surprotégé et trop choyé (un lob frontal parfaitement bien constitué) n’a pas appris à faire fonctionner ce lob frontal, il n’a jamais fait face au refus, aux “petits bobos”, devant les difficultés de la vie, il ne sait comment réagir, c’est le désespoir.
Heureusement les choses peuvent encore se rattraper après l’enfance, car vient une deuxième période de synaptisation intense : L’adolescence et ses hormones, l’adolescence et ses premiers amours… Les ados apprennent alors à gérer leurs émotions et à faire face aux déceptions. Ils peuvent donc réussir leur session de rattrapage et être mieux armé contre le malheur ou plus aptes au bonheur.
Encore une fois les choses ne sont pas aussi simples que ça, car la machine du bonheur semble se compliquer encore un peu. Cyrulnik nous dit tout bêtement qu’il faut souffrir pour être heureux, un bonheur égale devient fade, les hauts et les bas, les défis, les chagrins et comment on va les vaincre voilà ce qui produit du bonheur… l’angoisse, le malheur sont combattus physiquement par différentes activités (le travail, le sport, le mariage, l’amitié, la socialisation…) mais aussi, et encore une fois l’activité neuronale est prouvée, par le fait de mettre ses malheurs ou ses bonheurs en mots et des les évacuer, par un recours au sacré et à une croyance religieuse, par les mots apaisants d’un prêtre d’un chaman ou d’un guide spirituel… ces activités là aident à la sécrétion de l’élixir du bonheur
Ces explications me semblent fascinantes car on comprend mieux comment notre environnement nous façonne et si nous semblions croire que ce façonnage n’est que émotionnelle ou spirituelle, on découvre aujourd’hui qu’il est aussi physique et qu’il fait littéralement de nous ce que nous sommes.
J’ai alors pensé à beaucoup d’enfants que l’on voit tous les jours sur nos écrans, à ces enfants qui n’ont connus que des malheurs, à ces enfants de la guerre, à ces enfants de la pauvreté, quels adultes deviendront-ils? Et quels enfants élèveront-ils? Et combien de générations sont ainsi condamnées à un bonheur restreint à un développement restreint?
Je me suis rappelé cette étude sur les enfants palestiniens que j’ai lus il y a quelques années déjà et qui parlait d’une génération entière d’enfants traumatisés, souffrant de troubles psychologiques séquelles de la guerre, de la peur, de l’insécurité… je me demande sous cette perspective quels formes leurs cerveaux ont-ils acquis? Et quel type de responsabilité peut-on leur incomber pour leurs actions futures si tout cela continue?
Ceci dit et pour finir mon post sur une note moins triste… aimez vos enfants du mieux que vous pouvez, laissez les faire leurs preuves, laissez les vivre leurs expériences, ne les gâtez pas trop et on pourras peut être voir des générations de plus en plus heureuses sur notre terre.
0 Responses to “Les clés pour une vie heureuse.”
Please Wait
Leave a Reply