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Je me demande ce qui m’arrive, après une longue période de sevrage, me revoilà dévorant comme une boulimique la programmation hétéroclite de cette chaîne patchwork ART. Je m’explique : La chaîne arabe ART offerte parmi la programmation de videotron est une espèce de chaine dépotoir, on y retrouve des émissions débarquant d’un peu partout de l’espace télévisuel satellitaire arabe : les info de LBC, les prêcheurs de IQRAA, un raccourcis culinaire du pays de Ben Ali, et même des émissions datant d’il y a quelques années et qui retrouvent une nouvelle jeunesse parmi la population arabophone québécoise ne daignant pas mettre un récepteur satellitaire pour pouvoir capter comme il faut les derniers nés des chaînes arabes.

Ma relation avec cette chaîne est assez spéciale, durant le mois du ramadan, je la regarde quasi exclusivement (il faut savoir que je regarde rarement la télé alors quand je dit quasi exclusivement tout est relatif), et au bout d’un mois je n’en peux plus, ça me tape sur les nerfs, et je l’enlève de ma sélection (sachant qu’elle coûte à elle seul l’équivalent du prix de mon abonnement) ça me prend une année pour en oublier les effets et elle commence à me manquer, le ramadan arrive je la remets, je la surconsomme, puisque je me trouve en manque de la fenêtre sur monde arabe qu’elle m’offre, et ainsi de suite…

Chaque année, durant cette période de surconsommation, je me trouve comme déphasée, de nouveaux concepts font leur apparition, de nouveau signes de changements dans les sociétés génitrices? Toujours l’omniprésent Amr Khaled sans qui un ramadan ne peut se concevoir, toujours le maximum de feuilletons made in Égypte que l’on peut caser dans la programmation d’une soirée, de nouveaux prêcheurs et d’autres un peu moins nouveau, âge oblige.

Voici donc, dans le désordre, une petite idée de se que j’impose à mon cerveau pendant tout un mois (ça doit pas aller bien fort là dedans mais bon …)

La période la plus importante est celle bien entendu la période pré et post Adane (appel à la prière et à la rupture du jeûne). La dite période regroupe un amas de do3aa auxquels on n’a pas changé un iota depuis que j’ai l’âge de raison :

- Les noms de dieu chantées (Asmae Allah Alhousna) que j’ai eu le temps d’apprendre par cœur depuis le temps de l’exclusivité RTM et que je me retrouve en train de chantonner en préparant la table pour le souper.

- Des textes lus par nul autre que Mahmoud Yassine. Le premier jour du ramadan, je m’étais dit : Ah le temps où Mahmoud Yassine de sa voix si particulière lisait des do3a à la télé. Eh bien ils m’ont apparemment entendu du fond de ma cuisine et l’ont tout de suite rappelé en poste pour la durée du mois sacré.

- Des chants religieux commis par une chanteuse-actrice drapée de blanc de la tête aux pieds qui mime des chants plutôt que de les chanter (je doute d’ailleurs fortement que ce soit elle qui chante, mais elle doit être plus télégénique que la vrai chanteuse, enfin télégénique, télégénique faut voir aussi…)

Moi avec mon petit background de marocaine (i.e. non moyen orientale) elle me fait penser aux femmes qui portent le deuil (chada he9 allah) avec tout ce blanc et puis dans un décor noir, je trouve ça très très moyen.

- D’autres chants religieux mais cette fois de la voix sans pareil de Sabah Fakhri (moi j’adore alors je ne me plain ni du fait que ça date du temps où Sabah Fekhri était un jeune premier, ni que les décors en cartons qui l’entourent font un peu Moussalssal Dini des années 70)

- Entre temps moi mon Malhoun et ma Alaa me manquent.

Deuxième présents : les feuilletons arabes.

ART a réussi l’exploit d’en caser 4 en une soirée, ne me demandez pas comment ils ont fait, ils l’ont fait. Personnellement j’aime bien un feuilleton syrien qui se moque un peu (beaucoup) de la bureaucratie syrienne : léger, pas de mélodrame et plein de caricatures qui peuvent s’appliquer allégrement à toutes les bureaucraties de nos chers ministères. Les autres ? Rien de nouveau sous le ciel d’Arabie…

Troisième Présents dans la dite programmation ramadanesque : les prêches. Et ceux là se subdivisent en 3 catégories :

- Le vieux cheikh avec sa longue barbe blanche, son foulard blanc sur la tête (c’est un foulard??? Je ne sais pas comment le nommer autrement), son décor doré à l’arrière, et qui vient nous apprendre ce que l’on doit faire et ne pas faire pour que notre jeûne soit accepté, autrement dit mes cours de Tarbiya Islamia dont je me souviens très bien, merci…

- Nul autre que Amr Khaled, dans un studio super design, avec la Kaaba en arrière plan, un sens aigu (pas juste lui) de la communication, une voix reconnaissable entre milles, un discours qui interpelle tout un chacun et une période de forte communion (Takhachou3) à la fin.

Entre nous j’ai toujours admiré la capacité que ce monsieur a de passer d’un discours où il multiplie les anecdotes et les sourires enjôleurs à une période de Do3aa où il entre de plein pied dans une phase de Takhachou3 totale où sa voix se casse presque en pleurs tellement il est ému.

- Ahla Hayat : Ma découverte de l’année. Une émission de prêche destinée exclusivement aux jeunes, faite par un jeune (tee-shirt et jeans, des fois même shorts longs), parlant aux jeunes des préoccupations des jeunes. Nouveau concept, design accrocheur made in EQRAA.

Le fameux jeune, s’entoure d’un groupe de jeunes “hommes”, à date je n’ai pas encore vus de filles mais ça devrait venir je suis sure, le truc c’est que on ne doit pas les mélanger… je suppose, ils y parlent de la vie de tous les jours, des hobbies, des rêves, même de consommation de drogues (si, si c’était le sujet d’hier) et de la place de la religion dans cette vie meilleur que l’on convoite. Exit les vieux Choyoukh qui selon eux ne parlent pas notre langage de jeunes.

Après quelques jours de consommation, j’ai essayé de comprendre comment raisonnent les fameux responsables de ces chaînes :

Pour le ramadan on fait comme ça : Les musulmans arabes adorent les feuilletons durant le ramadan, on leur en met un max, c’est ça le plus important pour eux, ils jeunent toute la journée, se goinfrent le soir et s’abrutissent devant tout plein de moussalssalates où on voit exploiter tout ce qui as trait à leur émotions primaires : l’amour, la haine, la trahison, l’argent, la vertu. On mixe le tout et on en fait quatre versions presque identiques mais dissociables ça devrait faire l’affaire.

Tout ce qui es chant religieux et do3aa on remet ce qu’on a en stock depuis le temps, de toute façon ce n’est pas très important, pendant le temps alloué à ces deux produits, les musulmans arabe sont ou bien en train de préparer à bouffer ou bien en train de bouffer c à d que leur cerveau est occupé ailleurs, n’importe quel musique de fond devrait faire l’affaire.

Pour ce qui est des émissions religieuse de prêche il faut répondre à plusieurs critères (et là on est sérieux) :

1- Programmer des vedettes qui vendent

2- Satisfaire toutes les catégories sociodémographiques (jeunes, vieux et moins vieux, barbus et voilés, imberbes et nue tête, religieusement incultes et nouvellement recrutés)

3- Proposer de nouveaux concepts marketing qui accrochent et qui peuvent concurrencer les autres émissions hautes en couleurs des chaines concurrente (religion c’est aussi modernité, religion c’est aussi gaieté)

4- Ne pas oublier les vieux qui sont toujours là, même si personne ne les regardent plus … ils pourraient se vexer sinon

Voilà donc ce qui vous attend pour le ramadan, pour tous les autres qui veulent vivre un ramadan en piété et en dévotion, il n’y a qu’à éteindre la télé et vaquer à leurs prières dépourvues de marketing et de design dernier cris.




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