L’immeuble Yacoubian ou quand le caire nous murmure ses secrets
0 Comments Published by Kenza September 19th, 2006 in Mes lectures.
Avant de commencer la lecture de l’immeuble yacoubian j’avais commencé par en entendre parler, du succès que ce livre avait eu, de la notoriété qu’il a atteint, du film qui allait en être tiré et qui regroupait le gotha du star système égyptien… certains disait que de part ce livre Alaa Al Aswany était le nouveau Najib Mahfoud, la nouvelle plume de l’Égypte…
Généralement quand on se construit beaucoup d’attentes vis-à-vis d’un livre, on a peur qu’il nous déçoive, qu’il y ait eu trop d’exagération, qu’en fin de compte c’est un roman comme un autre… les attentes sont dangereuses pour toute œuvre d’art qui ne saurait les tenir. Qu’en est-il donc de l’immeuble Yacoubian?
Le livre m’a agréablement surpris et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord ce qu’il faut savoir c’est que ce roman se veut une image de la société égyptienne et cairote en particulier, Le choix d’un immeuble comme théâtre à cette vie semble de prime abord assez anodin sauf quand l’immeuble mue en personnage à part entière du roman, personnage qui a vécu lui aussi les mutations que la société a connu, qui en témoigne et qui en porte les marques. Personnage tout aussi vivant et présent que ces gens qui y habitent et qui en foulant son parterre le contaminent par leurs vies, par leurs espoirs et leurs désespoirs, leurs préjugées et leurs compassions, leurs vices et leurs vertus.
Dans ce théâtre vivant, se jouxtent des personnages aussi nombreux qu’hétéroclites, y’a-t-il un héros ou une héroïne? Pas dans le sens commun auquel on s’attendrait. Al Aswany multiplie les héros (ou les anti-héros) sans pour autant que l’on sente une quelconque confusion ou une quelconque lourdeur. Il passe de l’un à l’autre avec aisance, il passe d’une vie à une autre avec un art que seul la vraie vie est capable de tracer, la vie dans une société où toutes les contradictions peuvent cohabiter, se juxtaposer, se frôler, naturellement, sans se déranger, des fois sans même se voir.
L’immeuble yacoubian ne connaît pas la langue de bois, l’immeuble yacoubian ne voile pas le réel, il ne maquille pas les faits. On y sent de la sincérité, on y appelle un chat un chat. Les sujets divers que Al Aswany essaye de toucher sont nombreux: de la pauvreté, de la prostitution, en passant par les rapports sexuels entre amants à la fois hétérosexuels qu’homosexuels, de l’islamismes et ses dérives, de l’état policiers et ses abus, de la corruption, de l’hypocrisie sous toutes ses formes, de l’amour et de la haine, des rêves brisés et des rêves naissants… Tout y passe, tout s’y côtoie mais tout y a sa place et c’est en cela que le tout est réussi.
Le roman se termine par une note d’espoir, une alliance entre l’Égypte d’hier et celle d’aujourd’hui, une victoire de la beauté sur la laideur, la beauté du hier liée à celle de ce aujourd’hui, une sorte d’ode à la différence qui n’est que richesse quand on sait la voir et l’apprécier.

Alaa Al Aswany est-il la relève de Najib Mahfouz? Alaa Al Aswany n’est autre que Alaa Al Aswany, un écrivain de talent, un de ses poètes qui savent lire dans l’âme de la vie, une plume sincère et juste qui fera sa place tandis que Najib Mahfouz gardera la sienne.
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