Encore sur l’immeuble yacoubian
Published by Kenza September 19th, 2006 in Mes lectures, Mes réactions.Je vais très souvent en visite chez d’autres bloggeurs que je lis avec un grand plaisir et aujourd’hui après avoir mis mes commentaires sur l’immeuble yacoubian, j’ai lus les commentaires sur le même livre chez Moorishgirl (que je salut au passage et dont je recommande la lecture).
Je me suis toujours rendu compte que je lisais avec mes émotions plutôt qu’avec ma raison, un bon roman est un roman qui me touche avant tout. Il me plait de croire que le lecteur est toujours le personnage additionnel au roman, celui qui de part sa sensibilité propre, son bagage socioculturel, son vécu antérieur, donne une coloration autre aux faits du roman. Il m’arrive également de laisser choir un roman parce que l’écriture ne me plait pas, parce que le style n’est pas assez beau, n’a pas cet esthétisme qui encore une fois parle d’abord à mes émotions.
Lorsque j’ai lu les commentaires sur Moorishgirl, j’y ai découvert une autre façon de voir le roman, de le lire, un enrichissement en soi car un autre personnage est découvert. Laila y critique les figures de style, la construction du roman avant de parler du fond. Moi, étant incapable de faire de même du fait que j’ignore tout simplement les rudiments de ces fonctionnements, je m’attarde seulement sur ce que le roman a évoqué chez moi.
Peut –être qu’après une telle critique je relirais ce roman d’une autre manière, je ne saurais dire.
Pourquoi je reparle de ça? Et bien tout simplement pour ce personnage additionnel qui s’est réellement imposé à moi après la lecture de la critique de Laila. Dans un des paragraphes de sa critique (en oppositions à mes commentaires :)), Laila et je la site, émet une forte critique sur la légèreté de propos dont fait preuve Al Aswany concernant un certain nombre des sujets traités:
“The narrator in these introductory sections is omniscient, and he is given to sweeping and rather infuriating generalizations. He tells us, for instance, that women “all love sex enormously,” that miscegenation produces children who are “confused,” that the faces of homosexuals are marked by “miserable, unpleasant, mysterious, gloomy, look[s],” that gays, “like burglars, pickpockets, and all other groups outside the law” have developed a secret language of their own, and so on.”
Je me suis tout de suite posé la question, pourquoi est-ce de tels propos ne m’avait pas choqués à la lecture du roman??? En les relisant sous la plume d’un critique, je les trouve assez forts et assez choquants. Pourquoi est-ce qu’en lisant le roman je les avais trouvé à leur place et justifié??? Est-ce que la légèreté avec laquelle j’émets mes commentaires me fait passer à côté de choses que d’autres personnes arrivent à percer??? Est-ce mes émotions endorment mon esprit critique à ce point???
Oui j’ai été très enthousiaste vis-à vis de ce roman, car je lui ai trouvé une sincérité qui m’a touché. Et oui aussi j’ai lus ces propos et j’y ai vue plus qu’une complaisance, j’y ai vus une dénonciation, une dénonciation de ces stéréotypes que nos sociétés développent et qu’elles véhiculent sans relâche jusqu’à ce qu’ils deviennent des quasi vérités. À aucun moment du roman je n’ai pensé que le narrateur puisse parler au nom de l’auteur ou de ses convictions, le narrateur pour moi est aussi un personnage, un personnage qui parle le langage de cette société qu’il décrit, cette société qui même en voyant un jeune homme intelligent, brillant, le met hors la loi, le réduit à ses préférences sexuelles, réductions dans lesquelles il finit par se reléguer lui-même car il ne peut être autre que le fruit de la société qui l’a pétris. Les mariages mixtes produisent-ils des enfants confus ou est-ce cette société malade qui ne leur permet pas de se trouver une place, qui les confond et qui rejette le blâme sur leur descendance hors norme. Ces femmes toutes nymphomanes, ne sont-elles pas tout simplement l’expression d’un vide profond, d’une vie sans but, sans soupape pour respirer, qui se jettent sur le sexe comme exutoire, mais aussi comme identité.
Comme d’habitude je n’aurais pas aimé que l’auteur me dise ce que je devrais penser, il m’a laissé libre, libre d’être d’accord avec ce que le narrateur (la société) avance, ou de m’y opposer. Il m’a donné une image, une photographie que j’étais la seule à pouvoir évaluer. Et j’ai beaucoup apprécié cette liberté que j’ai perçue comme telle.
On peut également reprocher à Al Aswany le fait qu’il ait voulu aborder trop de sujets, trop de problèmes, et que de ce fait il est passé sur chacun d’eux de manière superficielle, en les survolant, avec même une certaine légèreté. On dira peut-être que je le défends un peu trop mais moi cette légèreté m’a ému, car c’est avec cette légèreté que nos sociétés passent à côté de leurs plus gros maux, en les regardant comme si c’était des choses normales, en les banalisant pour mieux les intégrer. Cette légèreté et cette superficialité ne peut-elle être aussi une forme de dénonciation???
Est-ce que j’ai vus dans ce roman ce que je voulais bien y voir? Je ne saurais répondre à cette question tout d’abord parce que je n’ai jamais su être une critique objective, je ne suis qu’un personnage, le personnage qui s’ajoute quand le roman est sur les tablettes, un personnage subjectif et qui ne peut en aucun cas être autrement.
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