Banat Riad
Published by Kenza September 5th, 2006 in Mes lectures.![]()
Banat Al Riad
2005
J’ai entendu parlé de ce livre à la télé, du temps où j’avais une chaîne arabe à la maison (c’est-à-dire pendant le ramadan où c’est le seul moyen qui me permet de créer un semblant d’ambiance ramadanesque). Dans une émission animée par des femmes et sûrement pour des femmes, l’auteur était venu parlé de son livre; ça m’avait donné envie de le lire.
Comment on présente ce livre? Je vais vous le dire : L’histoire est celle d’une jeune fille du milieu aisé de Riad qui envoie chaque semaine à presque l’intégralité des internautes saoudiens, un e-mail. Un e-mail hebdomadaire dans lequel elle raconte l’histoire de quatre filles de son milieu, ses amies. Qu’est ce que ça a d’extraordinaire? Rien sauf que nous sommes en Arabie Saoudite où le mot tabou prend toute sa signification et où le monde des femmes n’est connu que par ces mêmes femmes.
Le succès est immédiat, elle tient en halène tout le royaume. Tout le monde attend le vendredi pour savoir comment évolue chacune des héroïnes. Tout le monde n’est pourtant pas unanimes, certains les trouvent touchantes, d’autres les maudissent et maudissent celle qui relate leur vie, celle qui malgré tout continue, raconte et dévoile.
Intelligent, léger, bien écrit et captivant, voilà ce dont je peux qualifier “Banat Riad”. L’auteur a choisi de bluffer son lecteur, elle commence son livre sur une invitation à s’inscrire à sa liste de diffusion en donnant une adresse e-mail pour s’y abonner et une autre pour s’en désabonner. Elle présente chaque chapitre sous forme d’e-mail de la semaine, commençant par une citation, un ver ou un verset du coran, une réponse aux e-mails reçu et la suite de l’histoire commencé la semaine d’avant. Tout au long du livre on se demande si elle avait réellement envoyé ces e-mails et qu’elle a par la suite tout regroupé pour en faire un roman, ou est-ce que cela faisait tout simplement partie de l’histoire elle-même. On se posera cette question jusqu’à la fin sans que l’auteur nous donne le moindre indice pour relever nos soupçons.
Quatre jeunes filles appartenant à cette société fermée, puritaine, bourrée de contradictions et excessivement conservatrice. Quatre jeunes filles qui en devenant des femmes cherchent l’amour et une vie paisible.
Elle cherchent l’amour auprès de cet autre partie de leur société qu’elles ne connaissent que par ouie dire. Deux entités qui doivent former un tout mais qui ne savent rien l’une de l’autre : l’homme et la femme. Vous imaginez bien ce que cela va donner.
Elles cherchent l’amour dans une société qui ne reconnaît que la tradition comme ciment à sa survie. Elles cherchent l’amour et se retrouvent le plus souvent, déçues.
Chacune à sa manière, elles jonglent avec les traditions, elles jonglent avec les interdis, elles jonglent avec les mentalités, elle jonglent avec leur vies. C’est en quelque sorte l’histoire de jeunes filles qui savent ce qu’elles veulent confrontées à de jeunes hommes qui ne savent quoi suivre.
Voilà donc l’histoire qui a choqué l’Arabie.
J’ai aimé leurs histoires, elles m’ont touché, j’y ai retrouvé un je ne sais quoi de moi-même, un je ne sais quoi de ma réalité, de ma société. Elles sont une sorte de Bridget Johns à la sauce saoudienne, elles nous touchent, elles nous charment, elles nous mettent devant nous même et on arrive toujours à nous trouver des points communs avec elles.
Maintenant je me demandais pourquoi une telle petite histoire, gentille à souhait, pouvait autant choquer. J’avais cherché le choquant, je n’avais trouvé que le naïf, j’avais cherché le blasphématoire, je n’ai trouvé que le rêveur. Qu’est ce qui as donc tant choqué?
Je pense que seul celui qui a été choqué pouvait répondre à ma question, je suis donc allé à sa rencontre. En cherchant un peu je me suis retrouvé dans des forum de discussion ou encore sur le site officiel de l’auteur où les remarques ne manquaient pas.
Entre ceux qui ont aimé le roman et qui encouragent son auteur et ceux qui détestent, critiquent, rabaissent ou encore moralisent, je me sentais comme sur une autre planète. Qu’est ce qu’on lui reproche? Beaucoup plus que vous ne pouvez imaginer. Je vais tout de même tenter de présenter quelques catégorie des reprochent qui reviennent le plus souvent :
- Le titre en lui-même pose problème à pas mal de gens (plus que je n’imaginais au début). Vous vous demandez pourquoi? Vous avez raison, et je vais vous éclairer : Banat Riad veut dire les filles de Riad et non Des filles de Riad ni encore quatre filles de Riad.
Cela pose problème pourquoi? Parce que le livre donne une mauvaise idée des filles de Riad, le titre est généralisateur, les lecteurs (ces pauvres abrutis qui ne savent faire aucun discernement) vont penser que toutes les filles de Riad sont comme ça. En plus en donnant ce titre là à ce roman là les vraies filles de Riad ont été bafouées dans leur dignité (eh oui croyez-moi ou pas mais c’est la réalité vrai). Les filles de Riad sont beaucoup plus pures que cela, elles ne sont pas des dévergondées de cet acabit. Vous me croiriez si je vous disais que de tout le roman aucune de ces filles n’a même pensé faire la bise à un homme qui n’était pas son mari devant dieu et la loi???
- Le thème aussi pose problème. Comment oser parler de jeunes filles saoudiennes? Comment oser les dépeindre de cette façon? Des filles qui veulent se marier par amour?! Des filles qui veulent plus que la rencontre officielle (shawfa charia) qu’elles partagent pour quelques minutes avec l’homme qui va partager leur vie?! Des filles qui font la fête?! Des filles qui ont des ambitions autres que ce que leurs familles leur dictent?! Cela n’est pas de chez nous, nous ne connaissons pas et nous ne saurons nous pervertir avec ces invasions venues de l’occident.
- Un autre groupe de détracteurs a une autre sorte de reproche tout aussi légitime (sic) que les deux premiers : L’auteur, cette jeune dentiste de 24 ans, qui ne connaît encore rien à la vie, ne cherche autre chose que l’argent, elle veut s’enrichir, elle a écrit un livre inutile en choisissant un thème purement vendeur qui va attirer les ennemis de notre nation, les ennemis de nos tradition (et à la limite de notre religion).
- Le dernier groupe d’intervenant est forcément celui qui me séduit le plus : les moralisateurs. ‘Que dieux te pardonne, que dieux te guide vers le droit chemin, que dieu te ramène à la raison…’ et j’en passe.
Après un cours séjour au pays de l’absurde, j’avais la nausée. J’ai donc arrêté là mon exploration. J’étais dégoûtée mais triste aussi, je me suis dit dans un sursaut de rage que je ne voulais rien à avoir avec ces gens là, que le seul point commun entre eux et moi est cette arabité qui n’est désormais qu’une coquille vide de sens. Ma rage est retombée depuis car si dans cette arabité on pouvait trouver quatre banat Riad, l’espoir est encore permis.
love love