Oui je l’avoue, je m’apparente plus à l’autruche qu’à une jeune femme de notre glorieuse modernité. Oui je l’avoue, ma tête est sous le sable et je ne me résous pas à la sortir. Oui parfaitement, cette position est plus confortable. Et oui je ne semble pas avoir le choix.

Ma tête je l’enfonce dans le sable le plus tranquillement du monde, le sable est doux, il est confortable, il est accueillant.

Ma tête, oh ma tête; elle qui n’a jamais cessé de se lever très haut, elle qui voulais toujours voir, toujours comprendre, elle qui hochait nerveusement ou acquiesçait gentiment, ou alors se dressait, inconsciemment, pour mieux montrer son refus, son désaccord. Celle là même oui, celle qui croyait que toujours pouvoir était l’enfant chéri de vouloir, celle qui tournait et retournait dans tous les sens ces petites idées qui s’y réfugient, celle là même, aujourd’hui cherche refuge sous le sable.

Vous me diriez comment est-ce possible? Pourquoi et quand? Je vous dirais que je ne sais plus, que je n’ai pas vu, que j’ai subis, courbé le cou et humé le sable, et m’y suis enfoncé doucement, car son odeur chaude était de réconfort et son touché doux était de consolation.

Mon doux sable filtre de mon ouie ce que mon ouie ne peut plus entendre, mon doux sable cache de ma vue ce que ma vue ne peut plus supporter de voir, mon doux sable éloigne de mon intelligence ce que mon intelligence n’arrive plus à comprendre, et ainsi mon ouie qui n’entend plus ne peux plus grincer des dents, mes yeux qui ne voient plus ont cessé de faire couler des flots et mon intelligence, mon intelligence et bien disons qu’elle arrive à enfin se rappeler son amie logique, qu’elle a, depuis, perdus en cours de route.

Sous le sable, nulle bombe qui explose, sous le sable, pas de sang à flot, pas de visage déchiré, pas de tuerie, pas de cruauté, pas de barbarie. Sous le sable une mère ne peux chercher ses enfants sous les d’ombres, sous le sable un orphelin ne peut naître à chaque seconde. Sous le sable une vie vaut une vie, sous le sable un dégât même collatérale est punie.

Ma tête se cache car elle ne comprend plus, ma langue se tait car elle ne sait plus comment changer les choses, mes yeux ne pleurent plus car leurs larmes sont taries. Oui je suis resté scotché devant ma télé à suivre la folie des hommes pendant longtemps, oui j’en ai parlé, discuté, argumenté, tenter de comprendre et d’appréhender, oui j’ai brandis des pancartes et scandé des slogans, et oui j’ai pleuré, pleuré des larmes venue du coeur, pleuré et reniflé bruyamment sans retenue ni discrétion.

Aujourd’hui le sable en me regardant, souris et me nargue en me disant : je suis ton refuge, refuge de ta raison. Crois moi tu la perdras, tu la perdras si tu ne viens pas en moi.

Alors je m’enfonce doucement, j’éteins ma télé et avec elle les menteries et je m’assoupis.

Mais tout à coup je ne me reconnais plus, que doit-je don faire pour me retrouver sans me perdre?




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