La chambre noire
Published by Kenza December 16th, 2005 in Mes coups d'coeur.Il y a des hommes qu’on peut déuire mais que l’on ne peut mettre à genoux
(Abdelghani Bousta)
La Chambre noire
Film de Hassan Benjelloun - Maroc 2004
J’ai vus dernièrement “Derb Moulay Cherif” (La chambre noire), non pas l’endroit mais le film. Avec une centaine de personnes j’ai fais ce voyage oh combien poignant et émouvant. Dans ce témoignage déchirant j’ai entraperçu une partie de l’histoire de mon pays, de mon histoire, celle que tout le monde connais sans vraiment la connaître, celle qui nous partage entre la honte et la fierté : honte de ceux qui ont fait, vus ou tus, fierté envers ceux qui on subit.
En regardant le film beaucoup d’images passaient dans ma tête, celles essentiellement de toutes ces personnes, vraies cette fois et non de simples acteurs, qui devant une caméra de télévision ont raconté. Ils ont raconté devant leurs concitoyens, ils ont raconté devant leurs bourreaux, ils ont raconté devant la terre entière, leurs histoires, différentes mais bien semblables. Histoires poignantes de citoyens qui pour avoir rêvé de jours meilleurs ont payé le prix fort.
Le nœud dans ma gorge était le même et les larmes dans mes yeux et dans mon cœur étaient les mêmes en regardant leurs témoignage et en visionnant la chambre noire. Le film m’a ému, m’a touché, m’a fait réfléchir et m’a donné envie de l’écrire.
En regardant le film j’avais cette impression de déjà vus, impression d’avoir déjà vu cette pudeur qui caractérise ces femmes et ces hommes et qui fait qu’ils taisent leur douleur, qu’ils la racontent à demi mot, qu’ils l’arrachent de leur bouches, de peur d’écorcher nos oreilles sensibles? De peur de réveiller des souffrances qui n’en finissent pas de les hanter? Où encore de peur qu’elle leur vole leur dignité et leur humanité?
Cette pudeur que l’on sent en écoutant les témoignages des victimes décrivant leurs calvaires, en lisant leurs écrits ou en regardant leurs dessins; Cette pudeur, la même, enveloppait le film de Hassan Benjelloun depuis le début jusqu’à la fin. Elle était pourtant très belle cette pudeur. Belle dans la bouche des victimes des années de plomb, elle l’était autant dans les images de la chambre noire.
Dans la bouche des hadjs qui se moquaient, méprisaient, rabaissaient ou insultaient, la pudeur faisait sa censure, car les insultes étaient douces, les moqueries bien tournées et le mépris timide et balbutiant. Fallait-il en faire plus? Le message passait-il moins bien? J’en doute. Car derrière chaque insulte contenue on en devinait des centaines plus vulgaires, plus blessantes et plus humiliantes. Derrière chaque souffrance retenue on pouvait en voir des milliers plus poignantes, plus saignantes.
Je rends hommage à ses femmes et à ses hommes qui ont rêvé pour nous d’un Maroc meilleur, l’un d’eux disait souvent : “Il y a des hommes qu’on peut détruire mais que l’on ne peut mettre à genoux”.

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